Interview du Professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé

Le Pr Jérôme Salomon a été nommé directeur général de la santé le 8 janvier dernier. Il nous présente les grands chantiers de sa direction et ses priorités.

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Comment votre parcours vous a-t-il conduit aux fonctions de directeur général de la santé ?

Je connais bien la DGS depuis le début de mon parcours. En effet, alors que j’étais tout jeune médecin de santé publique, j’ai effectué mon premier stage d’interne en 1994, à la DGS qui se trouvait alors à Vanves. Par la suite, je n’ai jamais cessé de collaborer avec la DGS, alors que je travaillais à l’Institut Pasteur, lors de mes trois passages en cabinet ministériel, en tant que président du syndicat des médecins de santé publique, comme enseignant au CNAM et à l’EHESP en mastère santé publique, chef de projet HAS ou membre du conseil d’administration de Santé Publique France. Je suis PU-PH en maladies infectieuses et tropicales et, à ce titre, j’ai également été mobilisé sur les épidémies de zika, chikungunya, grippe A, coronavirus, Ebola et ai travaillé toujours en bonne intelligence et en étroite collaboration en lien avec la DGS. C’est pour moi un immense honneur et une grande fierté de prendre ces responsabilités et de porter des dossiers passionnants car ils concernent toujours la santé des hommes et des femmes de notre pays.

Quels sont les grands chantiers qui attendent la DGS en 2018 ?

La DGS doit mettre en œuvre les quatre priorités de la feuille de route ministérielle qui vont se décliner avec la nécessaire révolution de la prévention ; le renforcement de la lutte contre les inégalités sociales, géographiques et d’accès à l’information en santé ; une politique ambitieuse de lutte contre le tabagisme, tueur numéro 1 ; une lutte renforcée contre l’obésité, l’alcoolisme, la sédentarité, la prévention et le dépistage renforcé des cancers ; l’extension des obligations vaccinales pour les jeunes enfants ;l’ amélioration de la santé au travail et de celle des personnes vivant dans des lieux de privation de liberté ; innovations et transformation numérique…

La DGS va mettre en place les sept objectifs principaux de prévention fixés par la Ministre : promouvoir la santé mentale ; prévenir les maladies infectieuses ; améliorer la prévention de la perte d’autonomie ; lutter contre les conduites addictives ; améliorer le dépistage ; promouvoir un environnement et des conditions de travail favorables à la santé ; promouvoir une alimentation saine et de l’activité physique. Nous pilotons d’ores et déjà l’élaboration du plan national de santé publique attendu pour la fin mars.

Dans le cadre de la veille sanitaire réactive, internationale et nationale de haut niveau que la DGS assure déjà, nous allons développer l’anticipation, l’évaluation quantitative des risques sanitaires et les capacités de gestion et de communication. Il s’agira aussi d’améliorer la prévention, l’évaluation et la gestion des risques sanitaires environnementaux et alimentaires et d’œuvrer à la protection de l’environnement quotidien de la population.

La DGS s’implique au sein de l’Union Européenne et participe au nom de la France aux réunions de l’OMS, elle préparera les instances santé du G7 ou du G20.

Les approches de terrain seront privilégiées et une stratégie de santé pour les Outre-Mer sera élaborée de même qu’un volet spécifique du plan ORSAN.

Une attention particulière sera apportée aux enjeux de prise en charge globale des personnes vulnérables. Il nous faut aussi innover en faveur des maladies chroniques et de la santé mentale, enjeux majeurs de santé publique.
Par ailleurs, Il faudra renforcer le système national de collecte et d’analyse des données de santé : open data et big data et les moyens de la recherche en santé publique. C’est pour 2018 et au-delà, le programme que nous allons mettre en œuvre sans oublier l’immense chantier de la révision de la loi bioéthique et la préparation du PLF et du PLFSS.

Quel est le rôle de la DGS dans le cadre de la stratégie nationale de santé ?

Nous portons tous dans ce ministère la stratégie nationale de santé 2018-2022. La DGS doit tout particulièrement se focaliser sur la prévention et la promotion de la santé tout au long de la vie et dans tous les milieux. C’est une ambition forte portée par le Président de la République et le gouvernement : alimentation saine, activité physique quotidienne, interventions auprès des plus jeunes, prévention des maladies infectieuses, lutte contre les conduites addictives, santé mentale, environnement et conditions de travail favorables à la santé, politique de dépistage, prévention de la perte d’autonomie.

J’ai trois priorités personnelles : développer une vision réformatrice et innovante avec un objectif générationnel en faisant bénéficier la cohorte 2018 de l’essentiel des nouvelles interventions ; accroitre la place des patients dans le système de santé en assurant la promotion du patient-acteur avec le nouveau rôle clé du grand public, les enjeux de bien viser et toucher la cible attendue, d’utiliser davantage les réseaux sociaux, et enfin lutter contre les inégalités territoriales, sociales de santé et d’accès à l’information en développant l’information disponible et en utilisant les innovations de rupture.

Comment la DGS compte-t-elle accompagner l’extension de l’obligation vaccinale ?

Nous poursuivons deux objectifs :
- transmettre des informations objectives, étayées, rationnelles aussi, partout et dans la durée pour restaurer la confiance de la population et des professionnels dans la vaccination ;
- lutter contre la circulation dangereuse de fausses informations, malheureusement parfois efficace et profondément déstabilisante pour certains parents.

Nous devons sensibiliser les familles aux bénéfices de l’obligation vaccinale et plus largement de la vaccination, qu’ils soient individuels ou collectifs et informer aussi sur les conséquences graves de la non vaccination. Il nous faut être pédagogues sur les effets indésirables et marteler l’efficacité de la vaccination avec des résultats épidémiologiques clairs : nous devons redonner un éclairage rationnel sur ce que la vaccination permet d’éviter : car lorsqu’on parle d’Haemophilus Influenza de type b, de pneumocoque, d’hépatite B, ou même de rougeole, beaucoup ne connaissent pas les conséquences de ces maladies : méningites, cancers, complications neurologiques et respiratoires, décès…
Au-delà des enjeux de la réforme, il nous faut aussi insister sur la situation actuelle : car nous l’avons dit mais ce n’est pas suffisamment entendu, plus de 70% des enfants reçoivent déjà les vaccins contre ces 11 maladies, car il s‘agit de vaccins recommandés depuis longtemps.
Pour cela, nous nous adressons donc à tous les publics et sur la durée, avec la DICOM et notre agence Santé publique France avec pour objectifs de :
- Parler au grand public : nous avons engagé une action forte sur le web et les réseaux sociaux (sponsoring Facebook et Linkedin, créations de vidéos dont partenariat avec des Youtubers, diffusion d’infographies, Twitter…).
- Parler aux professionnels de santé en première ligne et en proximité des familles : Santé publique France leur fournira des outils pour répondre à leurs patients et ouvrira en avril la version du site vaccination info service pour les professionnels ;
- Parler aux collectivités locales : nous leur fournirons des fiches d’information synthétiques, des outils d’aide au contrôle des vaccinations pour l’entrée en collectivité ou encore des jeux de questions-réponses.

Enfin, je réunirai régulièrement toutes les parties prenantes de la vaccination pour échanger sur la politique vaccinale. Tous les outils et documents pédagogiques seront aussi mis à disposition des ARS pour qu’elles puissent décliner en région ces messages auprès des acteurs locaux et nous mesurerons chaque année l’impact de cette réforme avec nos agences, notamment en termes de couverture vaccinale et d’adhésion des Françaises et Français à la vaccination.