Discours de Laurence Rossignol - Le spot des e-fluent #4

Vendredi 27 novembre 2015

Seul le prononcé fait foi

Madame la Présidente de cette manifestation et Directrice de la publication de « Parole de Mamans », (Leslie SAWICKA),
Mesdames, Messieurs les e-fluents,
Mesdames, Messieurs,

Les premières semaines qui suivent l’accouchement, en général jusqu’à la reprise du travail, sont, des dires de toutes les femmes, parmi les plus difficiles. A la fatigue naturelle, s’ajoute l’apprivoisement, minute après minute, de cette nouvelle personne qui vient de surgir dans votre vie. Une personne fragile, en construction, avec laquelle on a bien souvent la sensation de ne pas parvenir à communiquer. A cela vient encore s’agréger un sentiment d’isolement. Bien sûr les proches viennent offrir un peu de compagnie. Mais celle-ci est généralement ponctuelle, l’autre parent a repris sa vie professionnelle, la famille, les amis peuvent parfois être loin.

Internet, les blogs, les réseaux sociaux deviennent alors le contact permanent avec le monde extérieur, mais surtout un espace de partage.

On se sent moins seule, lorsqu’on retrouve par écrit, tous ces sentiments qui nous traversent, qu’on a du mal parfois à décrypter, et qui, parfois génèrent de la culpabilité.

Tout ce que vous produisez sur les réseaux sociaux n’est pas utile qu’aux parents. Il l’est pour moi, il l’est pour l’ensemble des décideurs publics. Vous nous alimentez, en temps réel, des questions, des besoins des parents d’aujourd’hui. Vous jouez aussi le rôle de lanceurs d’alerte sur les difficultés que rencontrent les parents, et en particulier les mères. La communauté que vous avez créée nous montre le meilleur de l’usage des nouvelles technologies.

Car, outre l’information, ces nouveaux medias, permettent aussi d’interagir, de poser des questions, de livrer sa propre expérience de vie, de la confronter aux autres. Ils sont un soulagement immense pour de nombreux parents. Ils constituent un formidable vecteur de lutte contre l’isolement.

Ce que vous faites, mesdames, messieurs les « e-fluents », ce n’est ni plus ni moins que du soutien à la parentalité, et c’est pourquoi j’ai accepté avec un très grand plaisir de marrainer votre 4e salon.

Le soutien à la parentalité est une politique publique du champ de mon ministère qui m’importe beaucoup. Le Gouvernement en a fait une priorité de sa politique familiale.

La parentalité est un sujet éminemment contemporain.

D’une part l’exercice de la parentalité n’est plus l’attribut exclusif des femmes.. Ce n’est pas les « mampreneures » présentes dans la salle qui me contrediront. La France est même le premier pays de l’Union européenne à conjuguer un taux si important de femmes qui travaillent avec une natalité si dynamique.

Cela est le fruit d’une politique familiale historiquement volontariste. Cette politique familiale ne se traduit pas que par le versement d’aides financières grâce auxquelles de nombreuses familles sont soutenues, mais aussi par le financement de modes d’accueil du jeune enfant, dans leur diversité : les crèches, les assistantes maternelles, les « nounous » à domicile, les places à l’école maternelle pour les enfants de 2 ans. Le Gouvernement soutient résolument le développement de ces modes d’accueil, en accompagnant financièrement la création de nouvelles places, mais aussi en soutenant, et en impulsant les initiatives innovantes.

J’évoquerai deux exemples. Le premier symbolique : le Président de la République a remis samedi dernier, comme je le lui avais proposé, la médaille de la famille à l’association écolo crèches, qui intègre le développement durable à tous les aspects de l’établissement d’accueil, qu’ils soient matériels ou humains.

Deuxième exemple, ce sont les crèches à vocation d’insertion professionnelle, qui font de l’accueil du jeune enfant, un soutien et un accompagnement dans les démarches qu’ont à mener, bien souvent les mères, dans le parcours du retour à l’emploi.

Les vies familiales et professionnelles mouvantes amènent l’action publique à se réinventer pour répondre au plus près des besoins.

Or les besoins qui s’expriment ne se limitent pas aux aides financières, ou à la possibilité, quelques heures dans la journée, de faire garder son enfant. Les besoins qu’expriment les parents relèvent de plus en plus de l’écoute, du conseil, du soutien humain et affectif.

Mais comment peut-il en être autrement ? Aux questions légitimes que se pose chaque parent, on oppose encore trop souvent des tabous, des réponses floues ou des injonctions contradictoires.

Or ce que nous ont appris les sciences humaines, c’est que l’exercice de la parentalité n’était pas inné. Être parent, ça s’apprend au fur et à mesure de la construction de son enfant. Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas de manuel pour être un bon parent, il n’y a pas de recette miracle.

Dès lors, pour accompagner les parents, il faut actionner trois leviers :

  • Leur fournir quelques repères, lorsque ceux-ci existent.
  • Les sortir de l’isolement, les déculpabiliser des erreurs qu’ils auront le sentiment de commettre, leur dire qu’ils ne sont pas seuls à s’interroger autant.
  • Personnaliser, adapter nos réponses à leur situation, à leur vécu, sans jamais franchir la ligne rouge de l’intrusion ou du discours moralisateur.

Pour cela nous avons de nombreux outils, qui ont déjà démontré toute leur pertinence. Je pense notamment aux lieux d’accueil enfants-parents (LAEP) ou aux réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement aux parents (REAAP), que le gouvernement a décidé de renforcer dans le cadre de la convention d’objectifs et de gestions 2013-2017 signée avec la Caisse nationale des allocations familiales.

Nous allons également prochainement éditer un livret de la parentalité qui sera envoyé, au cours du 4e mois de grossesse, aux parents qui attendent leur premier enfant. Cet outil modernisé permettra aux futurs parents de trouver quelques réponses, quelques repères. Il informera et aiguillera vers les ressources de proximité qui leur permettront, ensuite, d’être aidés et accompagnés dans l’exercice de leur parentalité.

Je voudrais souligner deux points qui me tiennent particulièrement à cœur :

  • Les droits de l’enfant. Le respect du meilleur intérêt de l’enfant, défini comme principe universel de la convention des droits de l’enfant, sera le fil directeur du livret de la parentalité. C’est en s’interrogeant sur les besoins de l’enfant, en lui permettant le développement épanoui de ses capacités, qu’on trouve les réponses à l’exercice de sa parentalité.
  • Deuxième point, la promotion d’une éducation sans violence, à laquelle participera l’édition de ce livret. Il s’agit d’un sujet bien souvent délicat à aborder, vite caricaturé. Pour autant, nous connaissons aujourd’hui les conséquences de ces violences ordinaires, celles du stress qu’elles génèrent. Je souhaite sincèrement que nous puissions collectivement nous emparer de ce sujet, dans le cadre d’un débat apaisé, qui sensibilise les parents à ce sujet.
  • Les outils du soutien à la parentalité existent, mais nous devons en construire d’autres, et pour cela, nous autoriser à les penser et à les mettre en œuvre en dehors des sentiers battus, en dehors des seules logiques institutionnelles, si cela nous permet de mieux répondre aux besoins des familles. L’État n’est pas uniquement un pourvoyeur de solidarités, son rôle est aussi de les générer, de les impulser, de les accompagner.

Les solidarités n’ont pas disparu des relations humaines, du quotidien des familles. Au contraire, elles se réinventent spontanément. C’est ce que font, en un sens, les 450 blogueurs présents aujourd’hui.

Les nouvelles technologies sont des outils. Elles peuvent aussi bien formater des pensées, que favoriser la diversité des choix de vie, des modèles familiaux. Ce ne sont pas elles qui sont à interroger mais leur usage.
La présence cet après-midi avec vous d’un des fondateurs de l’association « Lire et faire lire » qui vous présentera ces activités et dont je tiens à saluer l’intelligence et la pertinence montre que l’action que vous portez n’est pas que virtuelle. Elle se nourrit, et s’articule avec ce qui existe en dehors des nouvelles technologies.

L’intelligence de l’usage que vous faites des nouvelles technologies, le transformant en véritable soutien à la parentalité, fait de votre communauté une communauté créatrice de nouvelles solidarités, qui m’amène à réfléchir sur le travail que nous pourrions mener ensemble. Je pense notamment au travail engagé en faveur des familles monoparentales.

Les familles monoparentales sont plus fragiles que les autres familles. Composées à 85% de mères élevant seules leurs enfants, elles sont plus que d’autres, touchées par l’isolement et la pauvreté. Pour répondre à ces situations difficiles, le Gouvernement a tenu, dans un contexte budgétaire pourtant contraint, à revaloriser les prestations qui les concernent directement. Mais ce faisant, il demeure un sujet d’importance, auquel on ne répond pas complètement.

Ces mères cumulent bien souvent plusieurs emplois, elles gèrent seules les tâches quotidiennes, l’éducation des enfants. Ce qui leur manque cruellement, c’est le temps. Du temps pour soi.

J’ai réuni il y a quelques semaines, plusieurs associations de parrainage de proximité, de lutte contre les inégalités, d’éducation populaire dans la perspective d’impulser un réseau national qui organise localement des solidarités autour des familles monoparentales et avec elles, pour leur permettre de trouver du temps et de retisser du lien social.

Les réseaux sociaux, blogs, sites internet que vous mobilisez tels des outils de soutien à la parentalité, vous permettent d’aller là où l’action publique ne va pas. Pour consolider la démarche entreprise au travers du nouveau dispositif que je porte, appelé PEPS, j’ai besoin de m’appuyer sur des démarches avec un impact aussi fort que les vôtres.

Vous êtes un réseau d’influence. Vous l’êtes tellement que certains parmi vous ont fait d’une démarche personnelle, une véritable activité professionnelle. L’énergie que vous déployez, votre engagement, sont aujourd’hui précieux pour de nombreux parents interrogatifs, déboussolés. Ils viennent compléter intelligemment l’action du gouvernement en faveur du soutien à la parentalité.

Pour tout cela, je vous remercie.