11 vaccins obligatoires en 2018 : le projet de loi

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé va proposer au Parlement de rendre obligatoires 8 vaccins supplémentaires jusqu’alors recommandés pour la petite enfance, en complément des 3 vaccins actuellement obligatoires. Cette décision répond à une nécessité d’enrayer certaines maladies infectieuses, comme la rougeole. En effet, si la France a des taux de couverture vaccinale meilleurs que les autres pays pour les vaccins obligatoires, en revanche ils sont très insuffisants pour la plupart des vaccins recommandés. L’entrée en vigueur de cette loi est prévue pour le début d’année 2018.

Vaccins obligatoires, vaccins recommandés : quelle distinction ?

La coexistence de vaccins obligatoires et de vaccins recommandés est le reflet de l’histoire de la vaccination en France. Avant l’arrivée des vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, ces maladies représentaient de véritables fléaux, responsables à elles trois de plusieurs milliers de décès d’enfants par an en France. L’État a décidé de les rendre obligatoires afin de s’assurer que tous les enfants puissent y avoir accès et être protégés.

Pour les vaccins introduits dans le calendrier des vaccinations à partir des années 1970, l’État a considéré qu’il n’était plus nécessaire de les rendre obligatoires car on pouvait compter sur l’adhésion forte de la population et des médecins pour assurer la vaccination de tous les enfants. Les vaccins recommandés sont donc tout aussi importants que les vaccins obligatoires ; ils sont simplement plus récents.

Quels sont les vaccins qui deviennent obligatoires ?

En plus des 3 vaccins actuellement obligatoires :
- la diphtérie,
- le tétanos
- la poliomyélite

S’ajoutent :
- l’haemophilius influenzae B (bactérie provoquant notamment des pneumopathies et des méningites),
- la coqueluche,
- l’hépatite B,
- la rougeole,
- les oreillons,
- la rubéole,
- le méningocoque C (bactérie provoquant des méningites),
- le pneumocoque (bactérie provoquant notamment des pneumopathies et des méningites)

En pratique, l’extension à 11 vaccins obligatoires représente 10 injections pour les enfants, étalées sur 2 ans. Au moins 70 % des enfants connaissent déjà ces 10 injections sur 2 ans et 80 % plus de 8 injections.

Pourquoi se vacciner ?

La vaccination est un geste de prévention simple et efficace. Elle permet d’éviter pour soi et pour les autres des maladies infectieuses graves ou entraînant d’importantes complications. Son bénéfice est double : elle permet de se protéger individuellement et de protéger son entourage, notamment les personnes les plus fragiles telles que les nouveau-nés, les femmes enceintes, les personnes malades ou immunodéprimées et les personnes âgées. La vaccination participe à renforcer l’immunité de groupe (protection collective) et, à ce titre, s’apparente à un véritable geste citoyen et de solidarité.

La vaccination permet de combattre et d’éliminer des maladies infectieuses potentiellement mortelles. On estime que plus de 2 à 3 millions de décès par an dans le monde sont évités grâce à elle.
Aujourd’hui, l’OMS considère qu’il faut que 95 % de la population soit vaccinée pour éviter les maladies. En France, ce taux est atteint pour les 3 maladies contre lesquelles le vaccin est obligatoire (diphtérie, tétanos et poliomyélite).
Pour 8 autres maladies pour lesquelles le vaccin est seulement recommandé (coqueluche, hépatite B, méningocoque, pneumocoque, oreillons, rubéole, rougeole et haémophilus), le taux de vaccination est insuffisant pour protéger la population. Des épidémies réapparaissent, par exemple 23 000 cas de rougeole entre 2008 et 2012.

Une couverture vaccinale insuffisante

La couverture vaccinale correspond à la proportion de personnes vaccinées dans une population à un moment donné. Une couverture vaccinale élevée constitue un élément clé dans le contrôle des maladies infectieuses, permettant de protéger une population contre une maladie donnée.

Ainsi, par exemple, l’élimination de la rougeole nécessite un niveau de couverture vaccinale de 95 % chez le jeune enfant. En France, ce niveau n’a jamais été atteint depuis l’intégration de cette vaccination dans le calendrier vaccinal, ce qui explique l’épidémie qui a provoqué des milliers de cas entre 2008 et 2011.

Seule une couverture vaccinale élevée a permis l’élimination de la diphtérie et de la poliomyélite et la quasi- élimination des infections massives à Hæmophilus influenzae b, Hib.

Les niveaux insuffisants de couverture vaccinale atteints pour la vaccination rougeole-oreillons-rubéole et contre le méningocoque C, ainsi que contre la grippe et l’hépatite B, sont à l’origine d’une morbidité et d’une mortalité résiduelles, que l’on peut considérer inacceptable, d’autant que les vaccins correspondant ont un profil de sécurité d’utilisation tout à fait satisfaisant.

Augmenter ces couvertures vaccinales devrait être considéré comme une priorité de santé publique afin de prévenir la survenue de drames facilement évitables.

Analyse des données vaccinales des enfants âgés de 24 mois, nés en 2010
Couverture vaccinale Objectif de santé publique Risque majeurs et séquelles Cas /an Complications / an Journée d’hospitalisation
Coqueluche 89% - 91% 95% Détresse respiratoire 45 à 69 1 à 2 décès 396 à 509
Tétanos 91% 95% Paralysie 15 4 décès
Haemophilus influenzae b 89% - 91% 95% Méningite 2 à 3 40
Hépatite b 83,1% 95% Cirrhose Cancer 260 à 300 2 à 3 hépatites fulminantes 18 à 26
Rougeole 78% à 2 ans 95% Encéphalite pneumonie 11 000 5 complications neurologiques
2 décès
3 950
Rubéole 78% à 2 ans 89,3% Malformations foetales 6 cas pendant la grossesse 2 infections congénitales
Pneumocoque 89,3% 95% Méningite 9 à21 1 à 2 décès
3 à 7 séquelles
172 à 462
Méningocoque 69,8% à 2 ans 95% Méningite handicap 32 à 102 4 à 15 décès 294 à 938

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