Effets sur la santé de la pollution de l’air

La pollution de l’air est un mélange complexe et en constante évolution de divers éléments chimiques, biologiques et physiques pouvant être toxiques pour l’homme. Chaque jour, un adulte inhale 10 000 à 20 000 litres d’air composé à 99% en moyenne d’oxygène et d’azote, mais qui peut également contenir divers polluants pouvant être à l’origine d’effets sur la santé.

Des effets de la pollution de l’air sur la santé sont observés à la fois suite à :
- une exposition de quelques heures à quelques jours (exposition aiguë, dite à court terme) à cette pollution : irritations oculaires ou des voies respiratoires, crises d’asthme, exacerbation de troubles cardio-vasculaires et respiratoires pouvant conduire à une hospitalisation, et dans les cas les plus graves au décès ;

- une exposition de plusieurs années (exposition chronique, dite à long terme) à la pollution de l’air ; les effets sur la santé peuvent dans ce cas être définis comme la contribution de cette exposition au développement ou à l’aggravation de maladies chroniques telles que : des cancers, des pathologies cardiovasculaires et respiratoires, des troubles neurologiques, etc.
C’est l’exposition chronique à la pollution de l’air qui conduit aux impacts les plus importants sur la santé.

En 2013, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé la pollution de l’air extérieur comme cancérigène pour l’Homme (Groupe 1). Des études récentes mettent de plus en plus en évidence d’autres effets tels que des effets indésirables pendant la grossesse et à la naissance (faible poids à la naissance, naissance prématurée…), l’athérosclérose, etc. D’autres effets sont suggérés tels que des effets sur le développement neurologique et la fonction cognitive, et sur des pathologies chroniques telles que le diabète.

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Facteurs aggravants de la pollution de l’air

Fumer ou être exposé à la fumée environnementale de tabac, aux émissions de chauffage au bois, aux émissions provenant du brûlage de déchets verts à l’air libre (bien que cette pratique soit interdite), aux émissions de barbecue, aux pollens, aux solvants utilisés en espace intérieur… constituent des facteurs qui peuvent aggraver les effets de la pollution de l’air. Aussi, en cas d’épisode de pollution de l’air, il est préférable de réduire ou d’éviter l’exposition à ces autres facteurs.

Impacts sanitaires et économiques de la pollution de l’air

Si les risques individuels associés à l’exposition à la pollution atmosphérique peuvent paraître faibles, par comparaison à des facteurs de risque tels que le tabac, l’impact sanitaire de cette pollution est considérable compte tenu du nombre très important de personnes concernées. Ainsi, selon l’OMS, la pollution de l’air est le principal risque environnemental pour la santé dans le monde.

L’exposition à la pollution de l’air extérieur et intérieur conduit chaque année au décès prématuré [1] d’environ 6,5 millions de personnes dans le monde (3 millions du fait de la pollution de l’air extérieur et 4,3 millions du fait de la pollution de l’air intérieur). Ce sont les pays à revenu faible ou intermédiaire des régions de l’Asie du sud-est et du Pacifique occidental qui enregistrent la charge la plus lourde liée à la pollution de l’air (avec un total de 1,9 millions de décès prématurés liés à la pollution extérieure et 3,3 millions de décès prématurés liés à la pollution intérieure générée notamment lors de la combustion de bois, de charbon ou d’autres combustibles utilisés pour la cuisson des aliments).

Dans la zone Europe de l’OMS (53 pays), il est estimé qu’environ 600 000 décès par an sont liés à la pollution de l’air (482 000 sont dus à la pollution de l’air extérieur et 117 200 à la pollution de l’air intérieur). Selon une étude publiée en 2015 par l’OMS et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le coût économique de ces 600 000 décès prématurés ainsi que des maladies provoqués par la pollution de l’air extérieur et intérieur dans la zone Europe de l’OMS atteignait, en 2010, 1,6 billion (ou 1 600 milliards) de dollars des États-Unis. Par ailleurs, l’OMS a récemment réalisé une évaluation de la qualité de l’air extérieur dans 1 600 villes de 91 pays à travers le monde et constate que seulement 12% de la population totale de ces ensembles urbains respirent un air conforme aux valeurs guides de l’OMS (présentées ci-après).

Au niveau national, Santé Publique France (ANSP) estime que la pollution par les particules fines (PM2.5, particules de taille inférieure à 2,5 micromètres, µm) émises par les activités humaines est à l’origine chaque année, en France continentale, d’au moins 48 000 décès prématurés, ce qui correspond à 9 % de la mortalité en France et à une perte d’espérance de vie à 30 ans pouvant dépasser 2 ans. Selon l’ANSP, plus de 34 000 décès prématurés sont évitables chaque année (7 % de la mortalité en France), correspondant à un gain moyen d’espérance de vie à 30 ans de 9 mois, si l’ensemble des communes de la France continentale réussissaient à atteindre les niveaux de particules fines PM2,5 observés dans les 5 % des communes les moins polluées de la même classe d’urbanisation (en termes de taille de population). Enfin, l’ANSP a évalué que si toutes les communes françaises respectaient la valeur recommandée par l’OMS pour les PM2.5 (10 microgrammes/mètre cube, μg/m3), ce sont plus de 17 000 décès qui pourraient être évités chaque année en France. Le gain moyen en espérance de vie à 30 ans serait alors de 4 mois en France, mais pourrait atteindre plus d’un an dans les communes les plus polluées. En termes d’impact économique, la Commission d’enquête sur le coût économique et financier de la pollution de l’air du sénat estime que le coût total de la pollution de l’air (extérieur et intérieur) s’établit entre 68 et 97 milliards d’euros par an pour la France, dont une très large part est liée aux impacts sanitaires.

Pics de pollution et exposition chronique à la pollution de l’air

En France, la part des effets sanitaires attribuables aux pics de pollution demeure très faible. L’ANSP a évalué que parmi les décès toutes causes (hors causes accidentelles) et les hospitalisations pour causes cardiaques attribuables à la pollution par les particules PM10, entre 2007 et 2010, dans les villes du Programme de surveillance "Air et Santé" [2], entre 1% (Bordeaux) et 15% (Nancy) sont associés aux "pics" de pollution (dépassement du seuil d’alerte de 80 µg/m3) ; les 99% restants sont donc attribuables aux niveaux de particules PM10 ne dépassant pas le seuil d’alerte.

L’impact sanitaire prépondérant de la pollution de l’air est dû à l’exposition tout au long de l’année aux niveaux moyens de pollution et non aux pics. L’exposition à la pollution atmosphérique peut entraîner des effets aigus : augmenter les symptômes allergiques, les crises d’asthme, provoquer une irritation de la gorge, des yeux et du nez, de la toux, une hypersécrétion nasale, de l’essoufflement… Chez des personnes souffrant de pathologies graves, ceci peut conduire à l’hospitalisation ou au décès. Ces effets s’observent à toutes les concentrations, mais les manifestations aiguës les plus graves se limitent aux personnes vulnérables ou sensibles. Lors d’un épisode de pollution de l’air, ces mêmes effets s’observent, et plus de personnes qu’habituellement peuvent ressentir les effets de la pollution.

Et même si des symptômes peuvent être ressentis lors d’un épisode de pollution, ceux-ci sont généralement moins graves que les effets sanitaires provoqués par l’exposition chronique aux niveaux moyens de pollution de l’air (apparition ou aggravation de diverses pathologies telles que des maladies respiratoires et cardiovasculaires : asthme, broncho-pneumopathie chronique obstructive, insuffisance cardiaque, cancer du poumon…).

Inégalités d’exposition liées à la pollution de l’air

De plus en plus d’études mettent en évidence des inégalités d’exposition liées à la pollution de l’air. En effet, via les méthodes actuelles de mesure et de modélisation des polluants atmosphériques, il a notamment été possible de mettre en évidence des variations des concentrations de polluants auxquelles les populations sont exposées à l’intérieur des villes. Ces variations sont notamment liées à la proximité du trafic routier ou de sites industriels. Les actions d’amélioration de la qualité de l’air doivent donc viser à réduire, et non pas à accentuer, ces inégalités d’exposition aux polluants de l’air.

Ces inégalités d’exposition liées à la pollution de l’air se cumulent fréquemment à d’autres inégalités d’exposition telles que le bruit. De plus, à ces inégalités d’exposition, s’ajoutent souvent des inégalités en termes de sensibilité des personnes et d’autres inégalités telles que des inégalités socio-économiques. Ainsi, c’est via une approche globale, inter-sectorielle et inter-acteurs, que doit se concevoir la réduction des inégalités d’exposition liées à la pollution de l’air.

Est-ce que l’amélioration de la qualité de l’air se traduit réellement par une amélioration en termes de santé ?

Plusieurs études épidémiologiques ont analysé l’impact sanitaire d’une diminution des niveaux de pollution. Ces études, dites d’intervention, ont confirmé que les bénéfices sanitaires étaient bien réels quand la qualité de l’air s’améliore. Ainsi, par exemple, l’interdiction par le gouvernement irlandais de la vente de charbons bitumineux à Dublin en 1990 a provoqué une diminution nette des concentrations de particules, associée à une baisse de plus de 6% de la mortalité totale dans les 6 années suivant l’intervention. La diminution des concentrations en particules fines (PM2.5) aux États-Unis entre le début des années 1980 et le début des années 2000 s’est accompagnée d’une amélioration de l’espérance de vie, avec un gain de plus de 7 mois d’espérance de vie suite à l’abaissement des concentrations atmosphériques en particules PM2.5 de 10 µg/m3, ce qui représentait au total 15% de l’amélioration de l’espérance de vie pendant cette période. L’amélioration de la qualité de l’air aux Etats-Unis s’est également accompagnée d’une amélioration de la santé respiratoire des enfants. Le projet européen Aphekom a étudié les effets de la législation de l’Union européenne pour réduire la teneur en soufre des carburants dans 20 villes européennes et a estimé que la réduction conséquente des niveaux de dioxyde de soufre (SO2) ambiant observée a permis d’éviter quelques milliers de décès prématurés.
Ces quelques exemples illustrent l’importance des bénéfices sanitaires observés lorsque la qualité de l’air s’améliore.

Il faut noter que, compte tenu de la formation dans l’atmosphère de polluants dits secondaires (particules secondaires…) à partir des réactions chimiques se produisant entre les divers composés de l’air, la réduction des émissions polluantes (transports, chauffage, agriculture…) n’entraîne pas de réduction automatique et proportionnelle des concentrations atmosphériques en polluants et donc des impacts sanitaires associés. Cependant, la réduction des émissions polluantes est le principal levier pour améliorer la qualité de l’air. Voir page : Agir pour améliorer la qualité de l’air.

En savoir plus

Consulter le dossier "Pollution de l’air" du site Internet de Santé Publique France

[1On parle de décès prématuré car l’exposition à la pollution de l’air écourte la vie ; voir notamment le site du HCSP

[2Les 17 villes du Programme de surveillance « Air et Santé » incluses dans cette étude sont Bordeaux, Dijon, Grenoble, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Paris, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulouse et Lens-Douai.