Prends ma place d’être patient

1. Le porteur du projet

Coordonnées complètes
Centre de rééducation Fonctionnelle L’EAU VIVE spécialisé en Orthopédie et Neurologie (SSR Spécialisé)
04250 TURRIERS

Coordonnées complètes et fonction du contact
Mme FAU Corinne, PDG-Gérant

2. Le contexte

L’origine
Suite à l’appel à projet lancé par le ministère et l’ARS, une réflexion commune entre la Direction, la CRUQ et des patients anciens et actuels s’est mise en place, c’est l’idée de deux de nos ex -patients qui a été retenue car elle correspond à une nouvelle façon d’appréhender la réflexion sur la relation soignant soigné, le respect des usagers comme des professionnels.

Quel est meilleur apprentissage et connaissance de l’autre , si ce n’est en prenant sa place ? Séverine est soignante de métier, elle a été notre patiente à 3 reprises pendant une durée totale de 12 mois , Alexis a été notre patient à 2 reprises pendant une durée totale de 8 mois tous deux pour des polytraumatisme graves.

Ils ont su, au travers de leur expérience, construire cette idée, pour que les professionnels volontaires connaissent encore mieux le quotidien/vécu du patient, gagnent en visibilité dans l’objectif d’une meilleure communication et compréhension du patient.

La finalité
Immerger les professionnels volontaires « en temps réel » dans la situation de patient dépendant dans les gestes de la vie quotidienne,et dans le programme de prise en charge au Centre, même si les notions de douleur, d’inquiétude, de pathologie, d’incertitude du lendemain et de l’évolution thérapeutique du projet de soins initial restent fictifs.

Se donner le temps de réflexion grâce à cette expérience humaine et professionnelle sur la philosophie du « prendre soin », en y associant les droits et devoirs du patient.

Mettre également l’accent sur les devoirs du patient, sur l’importance de sa participation active et son adhésion dans sa prise en charge et le respect du professionnel de santé.

La notion de l’importance de la collaboration professionnel-patient-famille prend toute sa dimension dans ce projet.

A travers ces phases de jeux de rôles de 24h , l’exploitation des questionnaires diffusés aux professionnels et aux patients et l’audit réalisé à +6 mois, notre objectif est de :

- Provoquer une réflexion du professionnel et du soigné
- Évaluer la perception du patient sur l’information reçue,
- Améliorer la connaissance, l’appropriation, l’application des droits du patient, étudier le vécu et le ressenti du soignant acteur.
- Évaluer la difficulté du patient à se positionner objectivement vis-à-vis de ses devoirs
- A l’instar de la charte de la personne hospitalisée, établir une charte du professionnel de l’établissement de santé.
- Établir une charte des devoirs des patients

Enfin : Programmer les réajustements nécessaires dans son savoir être et son savoir-faire dans la relation soignant-soigné.

Ce projet doit permettre une meilleure connaissance de la situation de patient par le professionnel et de la situation de professionnel par le patient

Les usagers cible étant les plus dépendants, ceux qui ne peuvent pas forcément faire valoir leurs droits, ceux dont la situation de handicap les rends tributaires des professionnels des établissements.

La description du dispositif
Pendant 24h les professionnels volontaires peuvent à tour de rôle se mettre dans la peau d’un patient avec attribution d’une pathologie fictive, aides techniques et prise en charge correspondante. De la simulation de l’admission,aux bilans médicaux, prises en charge ré-éducatives…etc et dossiers médical et administratif. Les anciens patients "penseurs" du projet devenant observateurs du déroulement des 24h.

Les acteurs
Séverine FOLLIN, Alexis FRAYSSINES, deux anciens patients ayant séjourné au centre de rééducation ont proposé cette idée, en collaboration avec Mme FAU, Directrice du Centre qui les avait sollicités.

L’adhésion et la collaboration des membres de la CRUQ , des cadres et de certains professionnels de l’établissement a permis de le mener à bien .Un groupe de travail constitué, composé de membres de la CRU, du RAQ et de ces deux patients s’est réuni pour l’élaboration des questionnaire destinés aux professionnels et aux patients, de la note explicative et d’appel au volontariat des professionnels.

Les "penseurs" du projet (Séverine et Alexis) ont présenté le projet aux professionnels des différents services de l’établissement avec l’aide du RAQ. La diversité des métiers des professionnels volontaires pour effectuer le test, permettra d’obtenir une réflexion vraie et large sur la place du patient, des professionnels et sa situation de handicap.

Les axes prioritaires
La notion de l’importance de la collaboration professionnel-patient-famille prend toute sa dimension dans ce projet.

Compte tenu de notre engagement pour un relationnel privilégié avec les patients, de notre politique pour rendre chaque jour l’échange et l’écoute un peu plus présente entre professionnels et soignés afin de mesurer ressenti, et attentes, nous avons souhaité participer à cette manifestation en proposant un projet à la labellisation.

Parmi les thématiques privilégiées proposées, nous avons plus particulièrement axé notre démarche sur : « l’implication des professionnels de santé dans la promotion des droits des patients » et sur : « les dispositifs incitant à promouvoir la bientraitance et la qualité de service dans les établissements de santé ».

3. Le réalisation

La mise en oeuvre
Les difficultés rencontrées :

- Difficulté lors de la première présentation du projet aux professionnels de l’établissement qui pour certains ont pensé tout d’abord"qu’ils allaient être épiés, d’autres se sont également sentis "agressés" , imaginant qu’on voulait leur apprendre leur métier. Ces réactions normales et finalement saines ont disparues avec les discussions et explications supplémentaires données.

- Petite difficulté ensuite à coupler la disponibilité des professionnels souhaitant participer au test, celle des ex patients auditeurs, avec la disponibilité des lits tout en prenant en compte l’organisation de travail des différents professionnels et services du centre.

Les facilitateurs de la réalisation du projet :

- L’accord et l’adhésion optimale de la Direction,de la CRUQ, des cadres et d’une grande majorité des professionnels

L’implication des partenaires et usagers :
Les usagers sont entièrement impliqués, à savoir certains anciens patients mis au courant du projet , les patients présents puisqu’ils ont été informés par note et verbalement par Séverine et Alexis, questionné oralement puis par écrit et qu’ils ont côtoyés Sophie dans les différents services du Centre comme un autre patient. A noter que Sophie a été installée dans une chambre à 2 lits à côté d’une VRAIE patient qui a accepté de se prêter au jeu. N’oublions pas, évidemment les promoteurs du projet, deux anciens patients, qui viennent régulièrement travailler sur ce projet, et qui ont suivi le 1er test comme auditeurs ; En définitive tous les usagers du système de santé (membres de la CRU, élus officiellement…)sont impliqués de près ou de loin dans cette démarche.

Le calendrier
-Mars 2011 : réception du courrier de l’ARS par l’EAU VIVE, proposition de la Direction du centre à deux anciens patients de réfléchir à un projet à mettre en place en commun, présentation par Séverine et Alexis de leur idée aux cadres et à la Direction. Première validation.
- Avril 2011 : Présentation du projet à la CRUQ, validation, mise en place d’un groupe de travail, audit auprès des patients et professionnels , élaboration des questionnaires écrits, du document explicatif du projet pour les professionnels, appel au volontariat, explications aux professionnels de tous les services et aux patients présents.
- Mai 2011,obtention d’une liste de 7 professionnels volontaires, programmation du premier test/jeu de rôles, mise en place de l’organisation, information des professionnels et des patients. 26 et 27 mai 2011 premier test réalisé avec Sophie, ergothérapeute. Les professionnels du Centre ont tous joué le jeu, comme si Sophie était un VRAI patient de l’admission à la sortie.. Sophie était vraiment entrée dans la peau d’un patient et l’est resté durant les 24h.
- juin 2011:préparation du dossier à envoyer à l’ARS, rencontre avec la presse, présentation du projet à la délégation départementale 04 de l’APF ou siège un de nos usagers à la CRUQ, Mr F. EGLIN, préparation des sessions de tests suivantes, exploitation des questionnaires.
Les futures sessions de test avec les autres professionnels volontaires n’ont pas encore été programmées.
Un questionnaires à +3 mois sera distribué à tous les professionnels pour étudier l’évolution de leurs réponses par rapport à leurs relations aux patients, dans leur pratique professionnelle au quotidien.

Comment et combien ?
Au niveau cout, le seul cout induit par le projet seront les heures passées par les professionnels participant aux tests, elles seront rémunérées ou récupérées, selon le choix des volontaires.

Pas de moyens humains supplémentaires car nous avons la chance d’avoir la participation précieuse des promoteurs de ce projet. BRAVO pour leur présence, leur aide et leur disponibilité avant pendant et après !

Les moyens techniques et thérapeutiques (chambre, repas, cout de la prise en charge du patient test, atèles, fauteuils roulants…) ont été mis à disposition par l’établissement lui même

La communication
- Rencontre et information de la presse locale, (article à venir sur la PROVENCE et le DAUPHINE LIBERE)
- Présentation du projet et du premier test le 27 juin à la délégation départementale 04 de l’APF, lors de la réunion du groupe de Pairs des représentants des usagers de la région PACA ou siège un des représentants des usagers à notre CRUQ, Mr F. EGLIN,
- Projet de présentation à la DT 04.(date non encore arrêtée)
- Projet d’insertion du descriptif du projet à notre site internet
Souhait de pouvoir présenter notre projet au débat public de l’ARS en octobre 2011.

4. Et après

Les résultats
Le professionnel devenant patient découvre forcément des situations, difficiles, désagréables auxquelles sont confrontés les patients et qui peuvent difficilement s’imaginer autrement qu’en étant patient.

Sophie raconte qu’elle la" solitude" ressentie lorsque la porte de la chambre se referme juste après l’admission, elle raconte aussi la perception des points d’appui en fauteuil, ou sur le lit allongée sans pouvoir bouger… jamais plus elle ne verra les patients de la même façon, elle sera encore plus attentive à certaines choses.

Une fois les toutes les séances de test réalisés , les professionnels testeurs pourront rassembler leurs constats et en faire part à leurs collègues de travail.
Les conséquences positives ou plus-values de la réalisation de ce projet sont :

- un possible changement dans le savoir faire et savoir être du professionnel avec le patient et inversement
- une meilleure implication des professionnels de santé dans l’application du respect et des droits du patient et inversement une connaissance des métiers et de l’organisation des services "voisins" au sien

Nous espérons que ce projet pourra être appliqué dans d’autres établissements de soins, sans devenir un modèle, il peut être un moyen simple et peu couteux de faire passer des messages aux professionnels et aux patients pour une meilleure qualité de service et de relation à l’autre.

Évaluation et suivi
Des entretiens basés sur les droits des patients ont été réalisé par les patients/auditeurs avant la mise en place du projet afin de dégager les items pertinents de l’expérimentation.Ceux ci ont été repris par le groupe de travail lors de l’élaboration des questionnaires distribués à tous les professionnels et patients.

Une analyse des réponses aboutira à l’élaboration d’un PAQ (Plan d’Amélioration de la Qualité) ou seront identifiés les indicateurs d’évaluation.
Les questionnaires seront redistribués aux professionnels 6 mois après l’expérimentation afin de mesurer son impact sur les pratiques professionnelles de ces derniers.

Quelques conseils et témoignages
SURTOUT, bien expliquer l’idée et les attendus aux professionnels pour qu’ils ne se sentent pas "agressés" dans leur fonction….. , pour qu’ils ne pensent pas que le but est de les épier ou pire de leur apprendre leur métier….. Avoir des patients usagers comme auditeurs permet un échange et une découverte, une meilleure connaissance de l’Autre qui est très enrichissante pour tous dans la relation professionnel/soigné.

Bien informer les "vrais" patients des dates des test, de la présence des professionnels/acteurs parmi eux, dans le programme de rééducation, en salle à manger, complétement intégrés dans la situation de dépendance aux gestes de la vie quotidienne d’un patient. Informer du bien fondé de cette mise en situation. Sans oublier, l’information et l’accord du patient en chambre double.

Parmi les volontaires il est important d’avoir aussi des professionnels hors services de soins, par exemple : accueil, repas, entretien….. En effet, les relations de confiance, de courtoisie, d’écoute, de respect avec les patients est applicable à tous les professionnels.

L’idée principale de ce projet est d’impliquer tous les acteurs de santé dans la promotion des droits du patient. C’est un dispositif incitant à promouvoir la bientraitance et la qualité de service.

Par ailleurs, c’est une façon optimale pour les patients de connaitre mieux l’organisation de l’établissement dans lequel des salariés travaillent pour leur prise en charge .

Un message ? Ce projet aidera forcément aussi bien les patients que les professionnels à avoir une nouvelle vision, une vision différente de la situation de l’autre.
Ce jeu de rôle est une façon concrète, ludique et pratique d’amener les professionnels vers une réflexion sur les droits du patient, la qualité de service,sur la situation de dépendance dans tous les gestes de la vie quotidienne.

Aimer nos patients, les écouter, être attentif, sourire , faire en sorte qu’une relation dépassant la relation "structure de soins/soigné" se mette en place. Travailler dans la meilleure bonne humeur possible pour qu’ils se sentent dans la structure de soins en confiance et le plus à l’aise possible.