Le témoignage d’Aude Lafitte, maman endeuillée et engagée

Aude a perdu son fils Timothée le 5 mars 2019. Alors âgé de deux mois, il est décédé des suites du syndrome du bébé secoué. Aujourd’hui, elle se bat pour que ce qui est arrivé à son bébé n’arrive plus à d’autres.

Un matin de mars

Timothée est né entouré d’amour, dans une sérénité totale et un bonheur absolu. Un matin, alors qu’il vient tout juste de fêter ses 2 mois, je le laisse avec son père pour me rendre à un rendez-vous. En sortant et alors que nous devions l’emmener chez le pédiatre pour une visite de routine, j’envoie un sms pour savoir si tout va bien. C’est à ce moment précis que tout bascule : son père me répond qu’il a fait un malaise. A mon arrivée à l’hôpital, je découvre mon fils en grande souffrance. Je cherche à établir un contact avec lui, en vain. Alors que les équipes médicales refusent de se prononcer, je comprends très vite que rien ne va. Après un scanner, le médecin nous indique que Timothée souffre d’hématomes sous-duraux dus au syndrome du bébé secoué.

Des secouements fatals

Timothée est ensuite transféré pour une opération visant à faire retomber sa pression crânienne. Après des heures d’attente, nous sommes autorisés à le voir. La tête de mon petit bébé est complètement bandée, il a des tuyaux partout, il respire grâce à des machines et il est plongé dans un coma artificiel profond pour mettre son cerveau au repos, réduire au maximum ses souffrances et ralentir la propagation des lésions. 5 jours d’hôpital s’en suivent, 5 jours pendant lesquels les médecins nous répètent qu’il s’agit du syndrome du bébé secoué. Moi, je reste persuadée qu’il y a erreur, qu’il doit s’agir d’une maladie rare et surtout qu’il est encore possible de sauver Timothée. Les médecins et le personnel soignant essayent de m’amener à accepter qu’il va partir, qu’il n’y a pas d’autre issue possible. Timothée décède le 5 mars 2019, dans mes bras.

Comprendre pour se reconstruire

J’ai tout de suite ressenti le besoin de comprendre, de me raccrocher à des choses concrètes, y compris d’un point de vue médical. Je me suis beaucoup renseignée et me suis rendue compte que le syndrome du bébé secoué touchait tous les milieux, sans exception aucune, comme peuvent l’être d’autres maltraitances infantiles. A force de lire et d’entendre des témoignages, j’ai aussi compris que persistait un réel tabou concernant les pères. Des situations compliquées à vivre pour les mères, dans une honte et une culpabilité telles, qu’elles sont parfois dans le déni face au comportement de leur conjoint. En parallèle, j’ai aussi entendu beaucoup d’aberrations sur le syndrome du bébé secoué. Certaines personnes n’arrivaient pas à assimiler que l’on puisse faire du mal de la sorte à son enfant. J’ai entendu parler d’accident, de « petit secouement », de « manque de chance ». Certains pensent encore que secouer un bébé n’est pas si grave, qu’ils peuvent s’en remettre, d’où les nombreuses récidives… Mais comme toutes les violences, elles peuvent aboutir au décès, et dans tous les cas les bébés n’en sortiront pas indemnes.