Trois questions au Dr. Anne Laurent-Vannier

Dans le cadre de la campagne Stop Bébé Secoué, trois questions au Dr. Anne Laurent-Vannier, ancien chef du pôle de rééducation de l’enfant aux hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne). Experte près la Cour de cassation, elle a notamment présidé le groupe de travail de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur le syndrome du bébé secoué.

1. Comment définissez-vous le syndrome du bébé secoué ?

Le syndrome du bébé secoué est la somme des signes et symptômes induits par les secousses d’un bébé et les mouvements violents de sa tête en hyperflexion et hyperextension. On pourrait parler de syndrome de la tête secouée. Ces secousses provoquent une hémorragie en nappe autour du cerveau par rupture de veines allant du cerveau au crâne. A un stade de plus, il peut y avoir des pauses voire un arrêt respiratoire, et donc un manque d’oxygène et des lésions cérébrales irréversibles.

Ce traumatisme du cerveau impacte la vie entière de l’enfant. En effet, le cerveau est un organe essentiel, responsable non seulement de la motricité mais aussi du comportement et du fonctionnement intellectuel.

Les secousses sont des gestes d’une extrême violence, qui n’ont rien à voir avec un geste maladroit de la vie quotidienne ni avec le jeu comme lancer un enfant en l’air. Secouer n’est pas jouer, jouer n’est pas secouer. Le jeu est nécessaire au bon développement de l’enfant.

2. Le syndrome du bébé secoué n’est-il pas le plus souvent lié aux pleurs de l’enfant ?

Tout d’abord, il faut différencier le fait d’être exaspéré par un bébé, ce qui est humain et peut arriver à tous, du geste lui-même qui rappelons-le est d’une extrême violence. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas forcément des pleurs incessants de l’enfant qui induisent les secouements. L’adulte, en relation duelle, peut également se montrer intolérant à des pleurs de moindre durée, et réagir alors en secouant l’enfant pour le faire taire. En fait, l’enfant n’est pas « calmé », il est assommé.

Par ailleurs, dans plus de la moitié des cas, les gestes sont répétés. Ce qui pose la question du type de relation liant l’adulte et l’enfant. Dominance, manque d’empathie ? Beaucoup de travaux restent à faire sur ce sujet dans un objectif de prévention.

3. Alors que doivent faire les adultes qui se sentent en difficulté ?

Il est nécessaire de rappeler que les pleurs sont l’unique moyen de communication dont dispose l’enfant et également que garder un bébé est loin d’être toujours facile. Lorsqu’on est fatigué ou peu disponible, il est tout à fait humain d’être exaspéré. Ce qu’il ne faut pas faire, c’est secouer le bébé. Si on se sent en difficulté et si l’envie de faire taire l’enfant devient trop pressante, la priorité est de s’éloigner de lui, de le coucher sur le dos dans son lit et de quitter la pièce. L’enfant ne risque rien à pleurer dans son lit, il peut risquer beaucoup à être dans les bras d’un adulte exaspéré.

Ensuite il faut demander de l’aide. Il faut en parler pour trouver des solutions et éviter l’irréparable. Si un adulte n’en peut plus, exprime son désarroi et dit être à bout, ce n’est jamais anodin. Les professionnels doivent pouvoir entendre et réagir. Dans certains cas, une hospitalisation de l’enfant pour le protéger peut s’avérer nécessaire.

Lorsqu’on confie son bébé à un tiers, il faut lui demander ce qu’il ferait en cas d’exaspération, s’assurer qu’il soit averti et connaisse le syndrome du bébé secoué et enfin lui demander instamment, s’il est en difficulté, de ne pas hésiter à le dire pour qu’on puisse l’aider.