Agir pour la santé mentale des personnes en précarité

Les personnes en situation de précarité sont davantage exposées aux risques de pathologies lourdes, psychiatriques, cardio-vasculaires ou de diabète. Elles souffrent deux fois plus que le reste de la population de troubles psychiques et addictologiques. Cumulée à une offre de soins déficitaire et des renoncements voire des refus de soins, l’espérance de vie de ces personnes est ainsi réduite d’au moins 10 ans.

La crise sanitaire ayant décuplé les situations d’isolement, de ruptures de droits et de soins et aggravé l’état de santé des publics précaires ou de celles vivant en promiscuité, l’État a investi plus de 160 M € dans le cadre du Ségur de la santé et des Assises de la santé mentale, dont 100 M € dès 2021. En concertation avec les différents acteurs, l’objectif poursuivi est celui de la réduction des inégalités de santé grâce au financement de modes de prise en charge basés sur l’aller-vers et l’accompagnement sanitaire, social et psychologique des personnes.

Les équipes mobiles psychiatrie-précarité

Cette mesure tend à améliorer les réponses à la souffrance psychique des personnes en situation de précarité et/ou d’exclusion, par le développement d’équipes mobiles spécialisées en psychiatrie.

De quoi s’agit-il ?

En raison des multiples enjeux que recouvre l’accès aux soins pour les personnes en situation de précarité et d’exclusion, ces équipes sont chargées :
 

  • « D’aller vers » ces publics, quel que soit le lieu, afin de faciliter la prévention, le repérage précoce et l’identification des besoins, l’orientation et l’accès aux dispositifs de soins lorsqu’ils sont nécessaires ;
  • D’assurer une fonction d’interface entre les secteurs de psychiatrie et les équipes sanitaires sociales œuvrant dans le domaine de la lutte contre la précarité et l’exclusion, afin de faciliter l’élaboration de prises en charge coordonnées, autour d’un projet sanitaire et social pour les personnes en situation de précarité.

A ce titre, les actions doivent être intégrées dans un partenariat formalisé, associant les divers secteurs, les établissements de santé généraux, les praticiens libéraux et les intervenants sociaux et médico-sociaux du territoire.

Pourquoi cette mesure ?

Face à l’afflux des demandes de soins, les professionnels spécialisés et en première ligne se sentent impuissants et isolés. Ils ont alors insisté sur la nécessité d’étayer le repérage des problématiques, l’analyse des demandes, la mise en place des premiers temps d’écoute et de soutien thérapeutique.

Ainsi, les interventions de ces équipes mobiles s’adressent à deux catégories de publics : les personnes en situation de précarité et d’exclusion.

Où en est-on ?

10 M € ont été investis pour renforcer 90 % des équipes mobiles psychiatrie précarité et en créer de nouvelles dans les départements qui en étaient dépourvus.

De nouveaux modèles d’équipes mobiles « santé & social » seront créées :

  • Equipes mobiles « santé précarité » : elles sont chargées d’aller à la rencontre des personnes pour les repérer, les orienter et les accompagner vers le soin, sur la base d’un diagnostic sanitaire et social. Elles assurent l’articulation avec les acteurs de la santé, du médico-social, de l’hébergement et de la veille sociale.
  • Equipes spécialisées en soins infirmiers « précarité » : elles apportent des soins infirmiers aux personnes vivant en structures d’hébergement, dans les lieux de vie alternatifs ou sur des campements.

Recrutement de psychologues

Pourquoi cette mesure ?

La crise a souligné l’importance d’un accès aux soins psychologiques et psychiatriques renforcé pour l’ensemble des Français. Fin 2020, le Ségur de la santé a débloqué des crédits supplémentaires pour répondre aux besoins de soutien psychologique manifesté par la population.

Où en est-on ?

Ainsi, 96 psychologues ont été recrutés en 2020 pour renforcer les centres médico-psychologiques. Des postes en psycho-trauma et une priorisation des structures infanto-juvénile ont été créés.

D’ici fin 2021, 200 psychologues seront recrutés dans les centres et maisons de santé pluri professionnels.

Les Assises de la santé mentale des 27 et 28 septembre 2021 ont illustré la volonté du président de la République de poursuivre cet effort. L’ensemble des acteurs concernés étaient réunis pour dresser un état des lieux de la prise en charge de la santé mentale en France, de l’offre de soins en psychiatrie et de l’accompagnement proposé.

30 M € ont ainsi été consacrés pour recruter 500 psychologues et infirmiers en pratique pour prendre en charge les personnes directement sur leurs lieux de vie et d’accueil. Ils auront pour rôle de tisser un lien de confiance pour permettre une libération de la parole, et les aider à se décharger d’une partie des problématiques qui pèsent sur leur santé mentale.

Les Ambassadeurs santé mentale

Face aux constats d’une augmentation du mal-être chez les jeunes, des crédits de la Stratégie pauvreté ont été débloqués pour développer des solutions permettant un repérage précoce, rapide et efficace des jeunes en souffrance psychique, et faciliter le recours aux dispositifs existants.

De quoi s’agit-il ?

Lancé en 2020 dans le Rhône, puis en Isère, le projet des Ambassadeurs santé mentale met en œuvre une approche de pair à pair pour soutenir la prise en charge des jeunes sur le champ de la santé mentale. Ce projet vise à favoriser le repérage précoce et l’accès aux soins et à la prévention des jeunes les plus vulnérables, repérer et valoriser des dispositifs locaux de prévention et de soins des jeunes en souffrance psychique. Enfin, il vise à améliorer la capacité des professionnels en première ligne à repérer et orienter ces jeunes.

Comment procède-t-on ?

Ce projet s’appuie sur le Service Civique pour recruter des jeunes ambassadeurs en santé mentale, les former et les accompagner à intervenir auprès d’autres jeunes.

Où en est-on ?

En 2020, on comptabilise 51 interventions et 257 jeunes touchés. Parmi eux, 77 % ont jugé que ce mode d’intervention augmentait leur confiance en eux et 89 % pensent que ce type d’intervention aide à se sentir mieux.

Lutter contre les addictions

Les publics souffrant d’addictions, dont une part importante souffre aussi de comorbidités psychiatriques et infectieuses, bénéficieront d’une meilleure prise en charge au sein des CSAPA et des CAARUD.

De quoi s’agit-il ?

Les Centres de soins, d’accompagnement et de prévention des addictions (CSAPA) accueillent les personnes en difficulté en raison de leur consommation de substances psycho-actives licites ou non, ou souffrant d’addictions sans substance.

Les Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (CAARUD) s’adressent aux personnes exposées à des risques majeurs du fait de leurs modes de consommation ou des produits consommés, et/ou qui ne sont pas nécessairement engagées dans une démarche de soins.

Où en est-on ?

13 M € sont investis par l’Etat dans le cadre du Ségur de la santé pour moderniser ces structures médico-sociales et renforcer leurs équipes pluridisciplinaires.

Au début de l’année 2021, 10 M € ont été versés pour renforcer les 150 équipes de liaison et de soins en addictologie (ELSA) qui permettent un repérage précoce des conduites addictives et l’accès à des parcours de soins intégrés et gradués selon les besoins des personnes.

Le maillage territorial sera amplifié pour permettre aux ELSA d’être présentes dans chaque établissement de santé doté d’un service d’accueil des urgences ainsi que pour renforcer la médicalisation des équipes.