Intervention de Marisol Touraine - Ouverture du salon « Secours Expo »

Jeudi 4 février 2016
Seul le prononcé fait foi

Monsieur le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve,
Monsieur le Préfet de police,
Monsieur le Préfet, directeur général de la Sécurité civile et de la gestion de crise,
Monsieur le président d’honneur du Salon,
Monsieur le directeur de Secours Exposition,
Monsieur le président de la Fédération nationale des Sapeurs-pompiers de France,
Monsieur le chef du SAMU de Paris, Pierre Carli,I,
Mesdames et messieurs les présidents d’associations de Sécurité civile,

Je vous exprime mon plaisir d’être parmi vous, pour votre deuxième salon, avec Bernard Cazeneuve. Notre présence conjointe fait écho à la coopération qui rassemble l’ensemble des acteurs de secours.

De la tragédie du 13 novembre 2015, les Français ont retenu que face aux menaces, ils peuvent compter en toutes circonstances sur l’excellence de notre système de santé et de secours. Les victimes ont été secourues par des professionnels préparés, mobilisés et parfaitement organisés. Cette exemplarité de nos services publics a été reconnue au plus haut niveau de l’État et saluée à l’international. Elle est l’une des meilleures réponses que nous pouvions apporter au terrorisme. Cette exemplarité, elle est la vôtre, collective, elle est aussi celle de chacune et chacun d’entre vous.

Je tiens donc avant toute chose à vous remercier une nouvelle fois pour votre engagement quotidien à secourir, protéger, soigner nos concitoyens.

Toutes les mesures d’urgence prises en cette nuit du 13 novembre n’auraient pu fonctionner sans une mobilisation collective des professionnels de santé, des SAMU d’Ile-de-France, des sapeurs-pompiers, des secouristes et du service de santé des armées. L’articulation parfaite entre les services de secours et les structures pré-hospitalières et hospitalières de médecine d’urgence, la connaissance pointue des activités de chacun et l’habitude que vous avez de travailler les uns avec les autres, ont permis d’assurer une réponse à la hauteur de la gravité des évènements. Plus de 600 personnes ont ainsi pu être prises en charge. 400 victimes ont été hospitalisées, dont près d’une soixantaine en services de réanimation. Les cellules d’urgence médico-psychologiques ont permis d’accompagner plus de 5 000 personnes dans les semaines qui ont suivi les attentats.

Le salon « Secours Expo » - que je salue à la suite de Bernard Cazeneuve - s’inscrit dans cette démarche de partage de connaissances et de compétences. Il s’agit d’un signal fort pour tous les volontaires qui s’engagent aux côtés de nos professionnels des secours et des urgences, et je tiens à ce sujet à saluer les réservistes de l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS).

Ce rassemblement prouve que les activités des services de secours et de santé sont interdépendantes. Les secours prodigués en urgence permettent au blessé, en sauvegardant les fonctions vitales, d’attendre jusqu’à la prise en charge par les médecins des structures pré-hospitalières et hospitalières de médecine d’urgence. C’est pourquoi les priorités que j’ai identifiées en tant que ministre de la Santé et que j’aimerais vous exposer ce matin vous concernent tous. Ces priorités résultent d’un retour d’expérience sur la gestion des attentats que nous avons tenu au sein de mon ministère autour de la direction générale de la Santé.

I- La première priorité est malheureuse mais pragmatique : nous devons nous préparer à de nouvelles menaces sur l’ensemble du territoire.

Le 13 novembre 2015, notre pays a fait face à une forme nouvelle de terrorisme qui se définit par plusieurs attaques simultanées, sur différents lieux, pour faire un maximum de victimes en voulant provoquer la désorganisation des services d’urgence.

Sur ce point, les terroristes ont échoué. Notre réponse sanitaire s’est déployée immédiatement sur les lieux de chacune des attaques. L’exercice qui avait été organisé le matin même a contribué à la qualité de cette réponse.

Il nous faut aujourd’hui garantir qu’une telle réaction pourra avoir lieu en tout point du territoire.

Au niveau national d’abord, il nous faut renforcer la préparation globale du système de santé aux attentats collectifs utilisant des armes de guerre. L’ensemble des hôpitaux devront actualiser leur dispositif « plan blanc » en anticipant l’accueil massif de blessés par armes de guerre. Pour y parvenir, j’ai saisi le Centre National de l’Urgence Hospitalière et le Service de Santé des Armées pour qu’ils élaborent un dispositif de formation spécifique des professionnels de santé.

Au niveau local ensuite, nous devons identifier dans chaque région le niveau à partir duquel les capacités de secours et de soins d’urgence, en transports sanitaires, plateaux techniques et personnels médico-chirurgicaux, sont susceptibles d’être dépassées et d’appeler une mobilisation hospitalière inter-régionale.

Enfin, au quotidien comme en situation exceptionnelle, nous devons poursuivre la coordination et la coopération de l’ensemble des acteurs qui participent à deux

missions de service public certes différentes mais complémentaires : « l’aide médicale urgente  » exercée par les SAMU et les SMUR, et le « secours à personne  » exercé par les sapeurs-pompiers. C’est indispensable pour assurer la qualité du service rendu et l’efficience globale du système dans le respect des compétences et prérogatives de chacun. C’est l’objectif des travaux engagés depuis septembre 2014 par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) du ministère de la Santé et la Direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) du ministère de l’Intérieur. La circulaire interministérielle du 5 juin 2015 constitue le premier fruit de ces travaux conjoints. Elle rappelle notamment les grands principes d’organisation de la chaîne des secours et soins urgents qui font la spécificité de notre pays et ont déjà montré leur efficacité.

II- La deuxième priorité concerne l’accompagnement des victimes et de leurs familles. Face à ces catastrophes, l’Etat doit se montrer solide et solidaire

Les professionnels de santé mobilisés après les attentats me l’ont dit : ils ont souvent été démunis face à des familles inquiètes, désespérées, traumatisées, cherchant à obtenir des informations sur leurs proches. L’identification des victimes est une étape essentielle pour répondre à la souffrance des familles.

L’identification rapide et actualisée est aussi une nécessité pour notre système d’urgence sanitaire. Les secours doivent être en mesure d’identifier les victimes dès leur prise en charge sur le site d’un attentat, en renseignant un maximum d’informations sur leur état. Ces informations doivent ensuite être immédiatement partagées et actualisées par les structures de médecine d’urgence pré-hospitalières et hospitalières avec les établissements de santé et les autorités sanitaires. Les nouvelles technologies vont nous permettre d’adopter rapidement un tel système. Nous y travaillons d’ores et déjà avec le ministre de l’Intérieur, Bernard CAZENEUVE.

L’identification des victimes prises en charge dans chaque établissement de santé doit aussi être plus rapide, en respectant évidemment la sécurité de l’information. Un système d’information unique et commun permettant le suivi des victimes dans les établissements de santé est en cours de mise en place. Une telle démarche s’inscrit en cohérence avec le projet de modernisation des systèmes d’information des SAMU piloté par la Direction générale de l’offre de soins, qui permettra à l’ensemble des SAMU de travailler en réseau et de s’entraider en cas de crise.

Mieux accompagner les victimes et leurs familles, c’est aussi garantir une prise en charge médico-psychologique tout au long du parcours de soins. Des points d’amélioration ont été identifiés. Nous allons actualiser le cadre réglementaire de l’urgence médico-psychologique. Nous devons aussi renforcer la prise en charge médico-psychologique des professionnels de santé et des personnels des CUMP qui sont eux-aussi confrontés à des situations traumatisantes et ont besoin d’un suivi particulier.

Je sais que vous aborderez le thème du secours psychologique d’urgence au cours de l’un de vos ateliers. Les conclusions de vos échanges seront précieuses.

III. La troisième priorité, c’est de poursuivre et d’amplifier les exercices préparatoires pour tous les acteurs des services de santé et de secours

Pour cela, un exercice sera organisé dans les prochains jours au niveau national pour tester la chaîne de commandement « Santé » et le caractère opérationnel des plans blancs.

Dans le domaine de la santé et au niveau national toujours, un exercice de grande ampleur sera organisé en avril prochain pour tester la coordination nationale du système de santé dans le cadre d’un attentat qui mobiliserait plusieurs établissements de santé des régions limitrophes et de zones de défense différentes. Une composante pédiatrique sera intégrée au scénario de cet exercice, qui s’articulera avec la préparation de l’Euro 2016.

Au niveau local, plusieurs exercices régionaux seront organisés entre le mois de mars et le mois de mai autour de thématiques précises qui associeront les acteurs de santé et du secours régionaux.

Enfin, un exercice commun avec tous les ministères concernés - dont le ministère de l’Intérieur évidemment - est d’ores et déjà programmé à la demande du Premier ministre, le 17 mars prochain à Nîmes.

Je serai évidemment très attentive à ce que tous ces exercices prennent en compte les dimensions de chacun des acteurs du secours et des soins, pour favoriser une bonne articulation des compétences et garantir la meilleure prise en charge de nos concitoyens.

Mesdames, Messieurs,

Je tiens à nouveau à vous remercier pour votre engagement. Il est indispensable à la sécurité de nos concitoyens. Or, nous le savons tous, la sécurité est une condition de l’égalité. Nos concitoyens, où qu’ils vivent, doivent savoir qu’ils pourront, en cas d’attentat, bénéficier de la même qualité de prise en charge qui s’est déployée à Paris dans la nuit du 13 novembre. Vous pouvez compter sur ma détermination, comme je sais pouvoir compter sur la vôtre, pour garantir à nos concitoyens une prise en charge exemplaire.

Je vous remercie.

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